The Amazing Spider-Man 2 a rapporté moins que prévu et divisé la critique, mais le vrai problème de la licence Sony ne se résumait pas à un mauvais week-end d’ouverture. La question posée par un hypothétique Amazing Spider-Man 3 movie touche à la structure même du deal entre Sony et Marvel, à la viabilité créative d’une franchise surchargée et aux arbitrages financiers qui ont redessiné le paysage des films de super-héros au milieu des années 2010.
Clause de réversion et pression contractuelle sur Sony Pictures
Avant de parler de qualité scénaristique, il faut comprendre le mécanisme juridique. Sony détient les droits cinématographiques de Spider-Man depuis la fin des années 1990. Une clause de réversion impose au studio de produire un film Spider-Man à intervalles réguliers sous peine de voir les droits revenir à Marvel.
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Cette contrainte explique en grande partie le reboot précipité de 2012 avec Andrew Garfield, seulement cinq ans après Spider-Man 3 de Sam Raimi. Le calendrier de production de TASM 2 puis l’annonce de TASM 3 et TASM 4 en 2013 répondaient moins à une vision artistique qu’à une obligation contractuelle de maintenir la licence active.
Sony ne risquait donc pas de « perdre » Spider-Man par inaction. Le studio risquait de le perdre en ne produisant pas assez vite, ce qui a conduit à des décisions créatives précipitées sur le deuxième film.
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Amazing Spider-Man 2 : surcharge de personnages et erreur de structure narrative
TASM 2 devait simultanément raconter l’arc de Peter Parker et Gwen Stacy, introduire Electro, développer Harry Osborn en Bouffon Vert, poser les bases du Sinister Six et planter des indices pour les suites. Le film fonctionnait comme un pilote de franchise plutôt que comme un récit autonome.
Le résultat : une durée gonflée, des arcs de personnages tronqués et une mort de Gwen Stacy qui, malgré la performance d’Andrew Garfield et Emma Stone, arrivait dans un troisième acte déjà saturé. Pour un troisième film, deux options se présentaient :
- Réduire le casting de vilains à un seul antagoniste central, probablement le Sinister Six, et construire un film de team-up assumé avec une structure plus proche d’un heist movie
- Abandonner la piste du Sinister Six pour recentrer l’histoire sur Peter Parker face au deuil de Gwen, avec un ton plus sombre et intime
- Maintenir le cap du « Sony Spider-Man Universe » avec plusieurs spin-offs simultanés, ce qui revenait à diluer encore davantage l’attention du public
Aucune de ces options ne réglait le problème fondamental : Sony n’avait pas de showrunner unifié pour piloter sa franchise. Kevin Feige avait structuré le MCU autour d’une vision centralisée. Sony fonctionnait par comités, comme l’ont révélé les emails internes rendus publics lors du piratage du studio fin 2014.
Le hack Sony de 2014 et la fin de la crédibilité créative
Le piratage massif de Sony Pictures en novembre 2014 a exposé des échanges internes embarrassants. On y découvrait des producteurs suggérant que Spider-Man devrait utiliser Snapchat pour « parler aux jeunes », des discussions sur le placement de produit EDM dans la bande-son, et des désaccords profonds entre le studio et les créatifs sur la direction de la franchise.
Ces fuites ont fait plus de dégâts que n’importe quelle critique de film. Elles ont montré publiquement que les décisions créatives sur Spider-Man étaient dictées par le marketing, pas par une vision narrative cohérente. Pour un personnage dont la force repose sur l’identification émotionnelle avec Peter Parker, ce décalage était fatal.
Le timing a accéléré les négociations avec Marvel Studios. En février 2015, Sony et Disney annonçaient officiellement leur partenariat : Kevin Feige coproduirait les films Spider-Man au sein du MCU, tandis que Sony conserverait l’intégralité des droits cinématographiques et du box-office.

Deal Sony-Marvel de 2015 : la licence n’était pas en danger, elle changeait de mains créatives
Nous observons souvent une confusion dans les discussions sur ce sujet. La licence Spider-Man n’a jamais été « en danger » au sens économique. Même TASM 2, considéré comme une déception, a généré des recettes mondiales largement supérieures à son budget de production et de marketing cumulés.
Le problème était un problème de marque. Spider-Man, personnage Marvel le plus populaire au monde en termes de merchandising, apparaissait dans des films perçus comme inférieurs à ceux du MCU. La comparaison permanente avec les Avengers érodait la valeur perçue du personnage au cinéma.
Le deal de 2015 résolvait cette équation : Marvel Studios apportait sa structure narrative et sa cohérence d’univers, Sony conservait les revenus. Tom Holland intégrait le MCU dès Captain America: Civil War en 2016, et la franchise repartait sur des bases radicalement différentes.
Ce que TASM 3 n’aurait pas pu corriger
Un troisième film Amazing Spider-Man, même réussi, n’aurait pas résolu le déficit de confiance installé après les fuites du hack. Il n’aurait pas non plus donné à Sony ce que le studio cherchait réellement : un univers connecté capable de rivaliser avec le MCU.
Le projet Sinister Six, confié à Drew Goddard, avait du potentiel sur le papier. Un film de vilains sans Spider-Man en protagoniste aurait pu fonctionner comme un Suicide Squad avant l’heure. Mais sans l’infrastructure narrative du MCU, sans le travail de tissage entre les films que Feige maîtrisait, le risque d’un nouvel échec critique restait élevé.
Sony Spider-Man Universe après 2018 : la preuve par l’absurde
La suite de l’histoire donne une réponse indirecte à notre question. Après avoir intégré Peter Parker dans le MCU, Sony a tenté de bâtir son propre univers dérivé autour des personnages secondaires : Venom, Morbius, Madame Web, Kraven.
Venom a fonctionné commercialement grâce au charisme de Tom Hardy, mais Morbius et Madame Web ont été des échecs critiques et commerciaux sévères. Sony n’a jamais réussi à construire un univers cohérent sans le MCU comme colonne vertébrale. Cette trajectoire suggère qu’un TASM 3 isolé, même porté par un Andrew Garfield au sommet de sa forme, aurait rencontré les mêmes obstacles structurels.
Le retour de Garfield dans Spider-Man: No Way Home a d’ailleurs confirmé une chose : le public adorait cet acteur dans le rôle de Peter Parker. Le problème n’a jamais été le casting ni même la qualité des performances individuelles. C’était l’absence d’une architecture narrative solide autour du personnage, un défaut que seul le partenariat avec Marvel Studios a corrigé.

